Le sous-sol parisien, exploité pour ses pierres et son plâtre, a donné lieu à des accidents spectaculaires. Cet article propose d’étudier l’une des procédures techniques destinées à éviter les effondrements de carrières, la distance de sécurité, distance à maintenir entre l’extrémité d’une carrière et un édifice, et les débats que cette mesure provoque lorsqu’il devient manifeste qu’elle est insuffisante. Pour cela, on analyse le cas de la commune de Montmartre, dans les années 1830-40, où la question de la distance de sécurité s’avère centrale, entre une municipalité qui s’inquiète de la multiplication des effondrements et une administration qui prétend avoir la situation en main. Leurs divergences concernent d’une part la question de l’antériorité des carrières par rapport aux édifices et celle de la sécurisation des anciennes carrières, et d’autre part, les distances de sécurité et les difficultés tant à les établir, qu’à les faire respecter. L’orientation industrialiste de l’administration l’amène à considérer les accidents comme normaux, alors que les habitants cherchent à mettre en série les accidents pour faire émerger une catastrophe : l’article s’interroge donc sur ce qui constitue une catastrophe pour les acteurs et sur les temporalités impliquées dans cet exercice.

An underground weakened by quarries caused spectacular accidents in the Paris area. This article studies one of the technical procedures developed to avoid the collapse of quarries in an urban environment: safety distance, a minimal distance to be maintained between a quarry and a building, became an object of debate when its insufficiency became apparent. The article studies the case of the city of Montmartre in the 1830s, when the question of the safety distance was at stake between a municipality concerned about the increase of plaster quarry collapses and an administration that claimed to have the situation under control. This debate concerned, on the one hand, the question of the anteriority of quarries with respect to buildings and the security repair of abandoned quarries and, on the other hand, the difficulty of measuring safety distances properly and enforcing them. The administration’s industrialist tendency led it to consider quarry accidents normal, while residents supported a cumulative approach: Montmartre’s many quarry accidents constituted a catastrophe. The article is finally concerned with what constitutes a disaster in the actors’ view and the temporalities involved.

You do not currently have access to this content.