Au déclenchement de la Grande Guerre, les académiciens de la France et de l’Allemagne croyaient fermement que leur nation respective s’était engagée dans une lutte défensive. Si ces académiciens se joignirent à la lutte par le biais de leur expertise, la publication du Manifeste des 93 Allemands contribua particulièrement au déchaînement de la guerre des esprits. L’interprétation traditionnelle prétend que les académiciens français se mobilisèrent spontanément derrière l’Union sacrée, pendant que les intellectuels allemands se mirent simplement au service des directives du gouvernement. Nous tenterons de nuancer cette thèse. Nous verrons tout d’abord que la mobilisation de l’Institut de France s’organisa de façon structurée après la publication du Manifeste des 93. Ensuite, nous constaterons que les intellectuels allemands se mobilisèrent individuellement et de manière spontanée dans la lutte. Nous verrons finalement que ce fut les académiciens français, et non les Allemands, qui procédèrent à la radiation de l’ennemi de leur liste des correspondants étrangers.

At the beginning of the Great War both French and German academicians believed that their nations were engaged in a defensive war. The German Manifesto of the 93 played a particularly important role in setting off this war of words. The traditional interpretation of these events holds that French intellectuals mobilized themselves spontaneously behind the union sacrée, while German intellectuals simply followed the commands of their government. This article begins by arguing that the mobilization of the Institut de France came as a response to the Manifesto of the 93 and not from below. It then shows that German intellectuals mobilized themselves not at the behest of their academies but individually and spontaneously. It was the French academies, and not their German counterparts, that expelled the enemy from their lists of foreign members.

You do not currently have access to this content.