Les écrits des circumnavigateurs contribuent à la fin du dix-huitième siècle à forger le mythe de Tahiti en décrivant la très grande liberté sexuelle des Polynésiens. Si cette liberté sexuelle est le plus souvent vantée dans les écrits des circumnavigateurs, elle est en revanche fortement critiquée par les missionnaires protestants. Cet article analyse, dans un premier temps, comment les missionnaires protestants britanniques de la London Missionary Society (1797–1863) puis les missionnaires protestants français de la Société des missions évangéliques de Paris ont contribué à l'élaboration de normes sexuées illustrées par l'obligation du mariage. Dans un second temps, la lecture de la littérature missionnaire fait apparaître un rôle actif des femmes, occidentales et polynésiennes, dans l'évangélisation de Tahiti et des « îles adjacentes ». Mais ce dynamisme suscite parfois l'inquiétude des missionnaires occidentaux soucieux dans le cadre de la « mission civilisatrice » de maintenir les hiérarchies de sexe et de « race ».

The accounts of eighteenth-century explorers forged the Tahitian myth of the great sexual freedom enjoyed by Polynesians. While these explorers were inclined to praise such freedom, Protestant missionaries strongly disapproved of it. This article examines how first the British Protestant missionaries from the London Missionary Society (1797–1863) and then the French missionaries from the Société des Missions Evangéliques de Paris contributed to the elaboration of new sexual norms, exemplified in the marriage commitment. The article also examines missionary literature to shed light on the active role played by both Western and Polynesian women in the evangelization of Tahiti and its “adjacent islands.” It shows how the dynamism of these women sometimes worried the Western male missionaries, who, as part of their “civilizing mission,” aimed to maintain hierarchies of gender and race.

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